Au cœur de la ville antique de Périgueux, dans une architecture audacieuse de Jean Nouvel, le site-musée Vesunna révèle les vestiges d’une grande demeure gallo-romaine, la domus de Vésone, et des collections conservées depuis deux siècles.

Texte : Élisabeth Pénisson, directrice de Vesunna

Avant la conquête romaine, l’actuel département de la Dordogne était occupé par le peuple celte des Pétrucores ou Pétrocores. Périgueux occupait alors un emplacement stratégique sur l’axe routier qui menait du Berry aux Pyrénées, sur le passage de l’Isle, voie d’eau empruntée pour le transport des marchandises. Lors de la création de la province d’Aquitaine par l’empereur Auguste, vers 16 av. J.-C., Périgueux devint chef-lieu de la cité des Pétrucores (Civitas petrucoriorum) et pris le nom de Vesunna, qui devint Vésone au fil du temps, du nom de sa divinité indigène protectrice.

Vesunna, chef-lieu des Pétrucores

L’urbanisme et l’architecture de cette ville nouvelle exprimaient l’ordre romain et devaient encourager l’adoption, par la population locale, d’un nouveau style de vie. Sur près de 80 hectares, la ville fut rapidement dotée de nombreux monuments. Vers les années 40 apr. J.-C., elle possédait déjà son forum et l’amphithéâtre était en construction. La ville semble avoir été un vaste chantier jusque, au moins, le milieu du IIsiècle avec, en particulier, la construction du grand temple dont les vestiges sont connus aujourd’hui sous le nom de la tour de Vésone.

Maquette du temple de Vésonne
Maquette du temple de Vésone @B.Dupuy

À l’instar de toute la Gaule, les affaires publiques étaient gérées par les notables d’origine gauloise, rapidement romanisés. Grâce aux inscriptions parvenues jusqu’à nous, les citoyens les plus fortunés sont les mieux connus, notamment les familles Pompeia et Pomponia. Dès le Ier siècle, leurs maisons (domus en latin) se sont déployées tout autour du centre monumental. Construites en moellons, richement décorées de peintures murales et de mosaïques, elles s’organisaient à la mode romaine autour de jardins à portiques (les péristyles).

Vers la fin du IIIe siècle, après une période de récession, les bâtiments furent démontés et réutilisés pour la construction du mur d’enceinte d’une ville nouvelle d’une superficie très réduite (6,5 ha). Ce fut le début d’un autre type de vie urbaine où la chrétienté prit toute sa place.

Une demeure gallo-romaine au cœur de la ville antique

Le site archéologique de la domus de Vésone fut découvert fortuitement en 1959, alors que rien en surface ne laissait supposer son existence. Des immeubles à loyer modéré devaient être construits sur un terrain occupé par les pépinières municipales, bordé par la rue des Bouquets qui donna son premier nom au site archéologique : la villa des Bouquets.

Les fouilles archéologiques furent se déroulèrent de 1960 à 1967, sous la direction de Claude Barrière et de Max Sarradet, puis de 1973 à 1977, sous la houlette d’Annie et Jean-Luc Tobie et de Marc Gauthier. Le site se démarqua rapidement par son ampleur (environ 4000 m2 au sol), par l’élévation des murs conservés (1 m environ) et, surtout, par l’ensemble de peintures murales retrouvées en place dans l’aile ouest de la maison. C’est ainsi que le site fut classé monument historique en 1963.

Implantée au cœur du centre monumental, la domus de Vésone se situait à l’ouest immédiat du temple de la Tutelle (la tour de Vésone) et au nord du forum, au carrefour d’un cardo (axe nord-sud) et d’un decumanus (axe est-ouest) sur lequel donnait son entrée. Ses vestiges sont particulièrement intéressants, car la parcelle moderne couvre approximativement la surface de la maison antique, chose rare en archéologie urbaine.

Une villa transformée

La domus de Vésone fut construite vers le milieu du Ier siècle, sous le règne de Claude (41-54). Sur le plan classique d’une maison romaine, elle s’organisait autour d’un vaste jardin central. Les peintures murales découvertes in situ datent de cette période. Au milieu du IIe siècle, la maison fut remblayée d’un mètre et fit l’objet d’une profonde transformation. Dans une savante scénographie, on mit en valeur des pièces de réception organisées autour de plusieurs péristyles, ce qui donna à l’ensemble un aspect monumental. Le bâtiment fut démonté pierre par pierre vers la fin du IIIe siècle, lors du repli de la ville dans une enceinte.

La superficie de cette domus et son emplacement au cœur de la ville laissent penser qu’elle appartenait à une des plus riches familles de l’aristocratie locale. Les salles chauffées par le sol (hypocauste), une cuisine, des pièces de réception, des bains et des objets de la vie quotidienne retrouvés sur le site le confirment.

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