L’histoire de l’archéologie reste encore à définir… L’homme entretient un rapport particulier avec les espaces marins, fluviaux ou lacustres, qui évoluera tout au long des siècles. La vision contemporaine est souvent empreinte de défiance en raison des événements climatiques ou des catastrophes environnementales (tempêtes, crues, etc.). Et ce, malgré l’apparition au début du siècle d’une culture de loisir propre à ces milieux. Dans le passé, la relation de l’homme avec les cours d’eau différait, car elle liait intimement le matériel et le spirituel.

Texte : Pierre-Emmanuel Augé et Jean-François Mariotti

Milieu naturel sur lequel l’homme avait peu de prise, le fleuve ou le lac offrait un espace protecteur et des ressources nécessaires à la survie. L’implantation de villages lacustres au bord des berges ou parfois au milieu du lit mineur des cours d’eau, sur des îlots naturels ou anthropiques, témoigne de cette dépendance. Dans les périodes anciennes, on prêtait aussi aux fleuves, lacs ou résurgences une origine divine. Cultes des eaux ou anthropomorphisme furent des pratiques courantes, comme cette statue de dieu-fleuve, d’expression typiquement gauloise représentant un homme barbu, mise au jour en 1983 au cours des fouilles du castrum antique de Saintes. D’aucuns y voient la possible personnification de la Charente (Carentonus).

Ances de Port Calédonia
Ancres du Port Calédonia, coulé au large de l’Ile d’Oléron ©Bruno-Guenard

Des collections privées

La découverte récurrente d’objets en certains points des cours d’eau ou dans les lacs donne naissance, à la fin du XIXsiècle, à une théorie de l’offrande. Ce phénomène est particulièrement prégnant pour les âges des métaux (âge du bronze et âge du fer). Les découvertes dans les cours d’eau d’objets variés (récipients métalliques, parures, céramiques), parmi lesquels un grand nombre d’armes est présent, alimenteront cette idée et, de fait, celle que les eaux recèlent des richesses. Elles susciteront un engouement pour les antiquités fluviales et lacustres et mèneront souvent à la constitution de collections privées.

Armes anciennes découvertes sur des chantiers de fouilles subaquatiques
Les armes anciennes font partie des premières découvertes archéologiques ©DR

Les premières découvertes lacustres

Une série de découvertes en milieu lacustre fournira à la communauté archéologique les premiers témoignages d’habitats protohistoriques et des éléments de compréhension du modèle économique de ces sociétés. On peut évoquer successivement les trouvailles sur le lac de Zürich en 1853-1854, le site de La Tène au bord du lac suisse de Neuchâtel en novembre 1857, les découvertes dans les lacs alpins français et les recherches sur les lacs allemands de Feder et de Constance.

Ces travaux anciens sur ces sites lacustres trouvent en Aquitaine un écho récent avec les premières prospections subaquatiques menées dans les lacs de Sanguinet et Biscarosse à partir de 1978.

Des urinatores aux pieds-lourds

Les premières mentions de plongeurs professionnels remontent à l’Antiquité gréco-romaine et ils étaient appelés urinatores. À des fins militaires ou civils, ces hommes étaient utilisés pour récupérer sous l’eau des cargaisons perdues lors des naufrages de navires (et surtout de leurs biens les plus précieux!). Ils sont ainsi cités dans les textes par les auteurs grecs ou romains comme Thucydide, Tite-Live, Plutarque ou Pausanias, et attestés par l’archéologie sous-marine comme l’a montré la fouille de l’épave de La Madrague de Giens dans le Var (75-60 avant J.-C.). Une partie de la cargaison d’amphores avait été remontée après le naufrage.

Une cloche à plongée au XVIe siècle

Ces opérations de renflouement des épaves et de leurs cargaisons se poursuivent durant tout le Moyen Âge. En 1446, le cardinal italien Prospero Colonna (1410-1463) missionne l’architecte et humaniste Leon Battista Alberti (1404-1472) pour remonter des éléments architecturaux provenant de deux épaves romaines qui reposent au fond du lac Nemi en Italie. Un siècle plus tard, en 1535, une seconde tentative est menée par l’ingénieur militaire bolonais Francesco De Marchi (1504-1576). Il collabore avec Guglielmo de Lorena, inventeur d’une cloche à plongée. Lors de ces descentes sous les eaux, De Marchi note et décrit les éléments d’architecture navale qu’il observe.

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