Plantée sur Ré dès le Moyen Âge, la vigne s’est progressivement étendue sur l’ensemble de l’île jusqu’à l’épanouissement d’une quasi monoculture qui perdure jusqu’au XIXe siècle. Des conditions climatiques, géographiques et géologiques particulièrement propices expliquent que la culture de la vigne se soit imposée comme une activité économique fondamentale. Aujourd’hui, avec plus de 500 hectares de vignoble, la viticulture joue encore un rôle économique, environnemental et paysager de première importance. L’île compte une cinquantaine de viticulteurs, producteurs de vin, de pineau et de cognac.

Texte : Stéphanie Le Lay, chef du Service Patrimoine – Pays d’art et d’histoire, Communauté de communes de l’île de Ré, et Stéphane Thomas, chargé de développement œnotourisme, Uniré, vignerons de l’île de Ré

L’île de Ré, un très ancien territoire viticole.
© Uniré

Profitant du plus fort ensoleillement de France après celui du littoral méditerranéen et de la plus faible pluviosité estivale du centre ouest atlantique, l’ile de Ré bénéficie de conditions climatiques extrêmement propices à la culture de la vigne. La composition des sols, mélange d’argile de décomposition calcaire et de sable, contribue à la vigueur des ceps et facilite la maturité des raisins. La proximité de l’océan permet l’amendement des sols grâce au varech, engrais naturel constitué d’algues marines récoltées à marée basse et répandues dans les terres cultivées. La mer proche constitue également un atout considérable pour l’écoulement des productions : une porte ouverte vers des pays lointains, consommateurs de vin.

La vigne sur l’île de Ré, une longue histoire…

Au début du XIe siècle, Guillaume le Grand, duc d’Aquitaine, dote les abbayes de Saint-Michel-en-l’Herm et de Maillezais de terres sur l’île de Ré. Les moines défrichent et valorisent progressivement leurs possessions. Au XIIe siècle, grâce aux faveurs d’Eble de Mauléon, seigneur de Ré, les cisterciens, grands cultivateurs de vigne, font bâtir l’abbaye Notre-Dame-des-Châteliers. La culture du raisin occupe bientôt toute la plaine rétaise pour atteindre plus de 4500 hectares à la fin du XVIIe siècle. La progression du vignoble s’accompagne d’un essor général de l’île : accroissement de la population, échanges commerciaux, croissance économique.

Le succès de la production et du commerce viticoles perdure jusqu’au XIXe siècle, période où le phylloxéra, insecte originaire des États-Unis, affecte l’ensemble des vignobles français, à l’exception Ré qui sera préservée jusqu’en 1883, grâce à sa position insulaire. L’arrivée plus tardive de l’insecte sur l’île et son absence dans les terrains sableux permettent à certains viticulteurs de prospérer pendant cette période de sursis. À cette époque, le vignoble représente encore 70 % de la surface insulaire cultivée.

Cependant, à la suite des diverses crises (maladies, guerres) qui jalonnent le XXe siècle, le vignoble est graduellement abandonné pour laisser place à une diversification agricole nécessaire au maintien économique. Cette nouvelle agriculture aboutit à la création de la première coopérative maraîchère en 1921.

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