Le quartier d’Eysses à Villeneuve-sur-Lot est connu depuis toujours pour son ancienneté, puisqu’il porte un monument romain circulaire encore haut d’une dizaine de mètres. Sous le nom d’Excisum, ilest mentionné dans les itinéraires antiques, la table de Peutinger et l’Itinéraire d’Antonin. Au cœur de l’Aquitaine, l’agglomération est située au croisement des deux grandes voies qui relient Bordeaux à Lyon et l’Espagne à Bourges.Un tel positionnement a permis au site de tenir une forte activité économique et un grand rôle militaire.

Texte : Jean-François Garnier, président de la Société d’archéologie et d’histoire de Villeneuve-sur-Lot.

Les premières recherches connues de l’agglomération d’Excisum datent de la fin du XVIe siècle. Publié en 1606, le témoignage d’un seigneur local aide à mieux connaître le site dans son aspect médiéval avec ses vestiges conservés depuis l’Antiquité.

L’antique Excisum

Après avoir été l’objet de recherches individuelles depuis le XVIIIe siècle, c’est en 1970 que quelques amateurs se groupent en association afin de mettre en valeur ce site archéologique qui promettait bien des découvertes. Leur action sur le terrain est soutenue par le Service d’archéologie régionale d’Aquitaine, la commune de Villeneuve-sur-Lot, le département du Lot-et-Garonne et le ministère de la Justice (Centre de détention d’Eysses). L’association va identifier une agglomération gauloise du IIIe siècle avant notre ère, suivie d’une ville romaine composée d’un vaste ensemble monumental de thermes, d’une nécropole à incinération, d’entrepôts, d’un quartier artisanal et d’un camp militaire.

La tour romaine d'Excisum

La tour romaine d’Excisum, vestige du passé gallo-romain de Villeneuve-sur-Lot.

Un vaste ensemble monumental

La ville gauloise occupe une surface d’environ 70 hectares. On la connaît peu, mais elle appartient au groupe des premières agglomérations créées en Gaule. L’extension des quartiers de la ville moderne permettra d’en apprendre davantage dans les prochaines années.

C’est avec l’époque romaine que le site trouve son plein essor. Encouragé par une situation économique florissante, la ville fait preuve d’une urbanisation remarquable.

Le monument long d’environ 175 m et large de 75 m comprend 3 espaces bien délimités. Encadrant un terrain bâti où l’on pense pouvoir situer un temple classique, à l’est, ce qui est probablement la cour d’honneur ornée d’une exèdre semi-circulaire, et à l’ouest, une probable basilique civile à abside semi-circulaire. C’est cette abside, conservée sur une hauteur de 10 m pour un diamètre de 11 m, qui marque encore le site au XXIe siècle. Ce monument, appelé « la Tour d’Eysses », constitue l’extrémité ouest du monument.

Une construction par étapes

Trois phases de construction ont été mises en évidence. Une première construction est élevée à la fin du règne d’Auguste. Une deuxième phase, durant la période flavienne de 69 à 96, permet l’agrandissement de la structure et son embellissement à l’aide de colonnades de marbre, de parement de pierres de couleurs provenant des Pyrénées, de Grèce, de Turquie, d’Égypte, de Tunisie, et de la mosaïque en pâte de verre. Des statuettes et des tuiles en bronze doré, des statues grandeur nature en bronze et en marbre, vont compléter la décoration d’une partie non identifiée du monument. La dernière étape, au début du IIe siècle, permet d’atteindre un agrandissement maximal. L’abandon et le démontage vont s’étaler du IIIe au IVe siècle. Un seul fragment d’inscription mentionne le dieu Mars et la découverte ancienne d’une tête en marbre de l’empereur Marc Aurèle (121-180) confirme la nature publique de ce vaste ensemble monumental.

Le monument et d’autres secteurs de l’agglomération ont été équipés d’un vaste réseau d’évacuation des eaux usées.

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