Le vignoble de l’appellation cognac couvre la majeure partie des départements charentais. Au centre de ce territoire, Cognac, la capitale des eaux-de-vie, est localisée sur les rives du fleuve Charente. En quelques siècles, les productions provenant des vins après distillation, accèdent à une notoriété mondiale. Les surfaces plantées qui s’étendent sur près de 80 000 hectares ont enregistré d’importantes migrations sous l’action de générations de bouilleurs de cru à la recherche des productions les plus nobles pour satisfaire les amateurs de belles eaux-de-vie.

Texte : Gilles Bernard, docteur d’État en géographie et aménagement, spécialiste du cognac.

Au pays du Cognac, les plantations s’étendent sur des terrains sédimentaires principalement calcaires. Au nord du fleuve Charente, les calcaires jurassiques relativement durs expliquent l’existence de paysages peu dénivelés, ils correspondent aux vignobles les plus anciens, localisés sur des terres de groies. Au sud, la craie du Crétacé arme des paysages viticoles très vallonnés. Les belles terres grises enrichies d’éclats de pierre donnent des vins riches en bouquet et arômes qui permettent d’obtenir des eaux-de-vie uniques au monde, après un long vieillissement. Elles peuvent s’affiner durant plusieurs décennies ; entreposées dans des fûts de chêne, elles révèlent tout leur potentiel et leur élégance.

Cognac, un vignoble devenu célèbre

À la fin du Moyen Âge, le premier vignoble est localisé en Aunis, autour de La Rochelle et dans les îles d’Oléron et de Ré. Les sauniers et les marchands hollandais apprécient le petit vin de soif, bien supérieur à la bière et aux médiocres alcools de grain. Les négociants hollandais importent sels et vins. Au milieu des Temps modernes, l’introduction de la distillation bouleverse l’implantation du vignoble, les fabrications de Saintonge sont davantage appréciées. Il est plus facile de commercialiser des eaux-de-vie et de distinguer les différentes qualités.

La monoculture de la vigne colonise les croupes crayeuses de la Grande Champagne.
@Gilles Bernard

Au XVIIIe siècle, les négociants britanniques détrônent les Hollandais. En devenant des importateurs expérimentés, leur préférence s’oriente vers les productions des vignobles des rives de la Charente. Les plantations migrent de l’Aunis vers la Saintonge et l’Angoumois. La crise du phylloxéra constitue une rupture qui élimine les vignobles de l’Aunis et d’une partie de la Saintonge, mais renforce les replantations en Cognaçais. En 1909, pour lutter contre la fraude, est définie l’aire de production des vins donnant droit à l’appellation cognac. En 1936, un nouveau décret donne naissance à l’appellation contrôlée cognac et à l’existence de six crus qui deviennent des appellations contrôlées en 1938.

La Charente, un bel axe commercial

Le fleuve Charente est navigable à partir d’Angoulême. Au XIXe siècle, Cognac enregistre la fondation de plusieurs dizaines de maisons de négoce, le port fluvial collecte les eaux-de-vie qui sont ensuite expédiées vers les ports de la basse Charente. Les Britanniques et les Parisiens préfèrent les eaux-de-vie provenant de la Champagne. L’aménagement des ports de Tonnay-Charente et de Rochefort permet de concurrencer ceux de La Rochelle et de Bordeaux. Pour les expéditions lointaines, les eaux-de-vie transitent surtout par les ports d’estuaire charentais. Les négociants se fixent définitivement sur l’axe structurant de la Charente et de préférence à Cognac, qui donne son nom aux eaux-de-vie.

Lire la suite…