Entre océan et montagne, plaines et forêts, le château d’Abbadia de style néogothique se dresse fièrement. Au premier abord sa silhouette, inspirée des châteaux forts du Moyen Âge peut apparaître quelque peu austère. Mais très vite en pénétrant dans la somptueuse demeure, le promeneur passe en quelques minutes, d’Orient en Occident, d’Europe en Abyssinie. Ceci tout en restant profondément ancré dans le territoire basque, terre de prédilection d’Antoine d’Abbadie.

Texte : Diane Menzaghi

Ce superbe édifice organisé en trois ailes révèle dans la pierre et le mobilier les passions et les croyances de son propriétaire Antoine d’Abbadie. Dès le porche d’entrée, le promeneur est accueilli par une inscription en gaélique. Elle lui souhaite Cead Mile Failte (Cent mille bienvenues). Avec toutefois une mise en garde, en basque cette fois : Ez ikusi – Ez ikasi (Pas vu, pas appris).

le château Abbadia
Sur la route de la corniche d’Hendaye, le château d’Abbadia recèle de nombreux trésors.
©OT Henday – P. Laplace

Modifier le regard

Dans le vestibule à partir duquel s’articule toute la demeure, le vitrail héraldique et les 10 fresques avec leur légende en guèze (langue éthiopienne classique) racontent le quotidien en Abyssinie. L’art de recevoir, les enfants enchaînés à l’école, la préparation de l’injera (traditionnelle galette de céréale éthiopienne), une procession… Manière de rappeler qu’Antoine d’Abbadie est resté près de 12 ans en Éthiopie, pieds nus, portant le turban et la toge des Éthiopiens. Une période qui a profondément modifié le regard du savant voyageur sur les choses.

Lors de la visite de la salle à manger aux murs recouverts de cuir de buffle, le promeneur portera un regard attentif aux chaises placées autour de la grande table. Chacune d’elle a une lettre éthiopienne brodée sur son dossier. Ces syllabes forment la devise : « Puisse-t-il autour de cette table ne jamais se trouver de traître. »

Le petit salon, dit salon rouge ou salon arabe en raison de son inspiration ottomane, contient un chevalet pour lire le Coran et un fumoir pour se réunir autour d’un narguilé.

Des chambres somptueuses

En haut du grand escalier qui relie les chambres, la statue en bois d’Abdullah, un jeune esclave affranchi, porte la lumière permettant aux invités de regagner leurs appartements sans encombre. Abbadia s’inscrit ainsi dans un triangle équilatéral parfait, dont le lieu géométrique est symboliquement marqué par cette statue.

La chambre d’honneur est décorée de grand panneaux de toile peinte de couleur rouge avec en leur centre une rosace et une calligraphie arabe. Elle montre un poème en arabe court sur les corniches du plafond. Quant au lit à baldaquin, il souhaite en vieux français « Doux sommeil, songes dorés, à qui repose céans, joyeux réveil, matinée propice ».

Dans la chambre d’Éthiopie, la soie bleue persane domine, striée de bandes horizontales fleuries et dorées. Dans la chambre de Jérusalem, une carte de la ville sainte trône sur la cheminée avec l’inscription latine « vos pensées vont à la même hauteur que la flamme ». Les murs invitent à une découverte de la Passion et à faire le pèlerinage de Compostelle.

Quant à la chambre de la tour, elle a été conçue avec un soin particulier. Antoine d’Abbadie l’a pensée spécialement pour l’empereur, dont il attendait la visite. Mais le superbe mobilier en poirier teint en noir ne verra jamais Napoléon III. Le propriétaire décédera en effet avant d’être honoré par sa venue.

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