Autour du château de Buzet, la culture de la vigne est une activité millénaire. Longtemps connu sous le nom de vins de Nérac, le Buzet a vécu son âge d’or au XIXe siècle, époque où il s’exportait jusqu’en Chine ou au Japon. Cette appellation aujourd’hui l’objet de toutes les attentions d’une coopérative qui renoue avec la tradition de l’agroécologie.

Texte : Pierre Courroux

À Buzet-sur-Baïse comme ailleurs en Aquitaine, ce sont les Romains qui les premiers introduisirent la culture de la vigne. En 2013, des fouilles réalisées à Lagneau, près de la Baïse, suggèrent cependant un abandon de la région ou au moins un repli au IVe siècle, à la fin de l’Empire romain. C’est donc plutôt vers l’an mil que débute l’histoire de Buzet et de ses vignes. À cette date, les comtes de Gascogne possèdent un castrum sur l’éminence où se dresse le château actuel. Le comte Bernat-Guilhem de Gascogne (996-1009) donne aux moines de Saint-Sever l’église Sainte-Foy de Buzet, aujourd’hui disparue, où un prieuré sera installé jusqu’à la Révolution. Comme la vigne joue un grand rôle dans la liturgie catholique, c’est donc sans surprise que les chartes des moines mentionnent les premières vignes à Buzet vers 1020.

Buzet, une implantation très ancienne

Les vignes monacales se trouvent dans les plaines alluviales de la Garonne, autour de leur prieuré de Sainte-Foy. Mais le prieuré de Buzet n’est pas seul à posséder des vignes. Les seigneurs cultivent leurs propres vignes sur les coteaux du château et dans la plaine en contrebas : les coutumes qu’ils concédèrent à la ville en 1273 leur laissent même l’exclusivité des ventes en mars.

Le château de Buzet
Bâti sur un promontoire, le château de Buzet domine la vallée.

Le cahier des hommages faits à Bérard d’Albret, sire de Buzet, montre qu’en 1388 de nombreux habitants de Buzet et bourgeois de Damazan possèdent leurs propres vignes à Buzet. Ce document exceptionnel permet aussi de localiser certaines vignes médiévales, qui occupent des lieux-dits où la vigne est toujours cultivée de nos jours, comme à Pommarède.

Le vin de Buzet

Déjà au Moyen Âge, le vin de Buzet se boit hors des frontières locales. En 1308-1309, à Bordeaux, les marchands originaires de la juridiction de Buzet exportent environ 1300 hectolitres de vin vers l’Angleterre. Si l’on tient compte des marchands de toute la région actuelle de l’AOC Buzet, ce chiffre explose et atteint les 75 000 hectolitres exportés cette année-là outre-Manche. Et ceci malgré l’interdiction de vente avant Noël que les marchands bordelais faisaient peser sur les vins du Haut-Pays.

Dans les siècles qui suivirent, les vins de la région de Buzet restent fort appréciés. Connus sous le nom de vins de Nérac, aussi bien en blanc qu’en rouge, ils sont consommés à la cour de Jeanne d’Albret, puis de son fils, le futur Henri IV. Ce qui contribue à leur renommée dans le royaume de France. Un arpentement de 1642 témoigne que la moitié des surfaces agricoles de Buzet sont alors dédiées à la vigne. Mais sans jamais constituer une monoculture, au contraire de ce qui se pratique en Bordelais. On cultive surtout des joualles, c’est-à-dire des rangs de vignes très espacés entre lesquels on place des arbres fruitiers (notamment des pruniers) ou d’autres cultures. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que le vin prend son nom actuel de Buzet.

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