Sur la façade atlantique, Brouage veille aujourd’hui sur le paisible marais littoral et l’ancien golfe de Saintonge, un espace économique organisé depuis l’Antiquité autour du négoce maritime de productions locales, comme le vin et le sel. Indispensable à la vie, « l’or blanc » sera à l’origine des flots de sang et d’or répandus pour posséder ce bien rarissime et son terroir d’origine. Surgie de la vase et de l’eau, l’histoire de Brouage est intimement liée à celle de la Saintonge maritime.

Texte : Nathalie Fiquet, historienne, directrice du Musée maritime de La Rochelle

À l’aube du XVIsiècle, les armateurs aunisiens et saintongeais, leurs pilotes basques et bretons déjà présents sur les bancs de Terre-Neuve chassent la baleine et pêchent la morue assidûment : le sel, seul moyen de conserver les prises, est chargé en abondance dans les ports du golfe de Saintonge.

La citadelle de Brouage vue du ciel.
Aujourd’hui au milieu des marais, Brouage fut pendant longtemps un port ouvert sur le monde. ©Pascal BAUDRY-Collection SMB

Dans la seconde moitié du siècle, c’est un véritable armement saintongeais qui fréquente Terre-Neuve et procure des revenus colossaux aux ports du golfe de la Brouage, dont l’opulence se lit encore sur les édifices des villages. Cette importance se traduit sur les cartes de plus en plus nombreuses et exactes des côtes de France où, dès 1540, le toponyme Brouage figure en rouge sur les portulans. Les qualités nautiques et commerciales du havre amènent alors Jacques – cadet de la puissante famille de Pons et héritier du baillage des îles de Marennes et d’Hiers – à créer à l’entrée du chenal la ville nouvelle de Jacopolis sur Brouage.

Jacopolis l’opulente

Conscient de l’atout économique qu’il détient grâce à ses ports et à ses salines, Jacques de Pons fonde vers 1555 une véritable place de commerce, rapidement prospère.

Jacopolis est à l’évidence née d’une nécessité économique mais aussi technique. Parallèlement à l’envasement du fond du golfe, qui pousse les armateurs à chercher un lieu de chargement plus près du large, les navires ont eux aussi évolué, augmentant tonnage et tirant d’eau et cherchant à naviguer en convois, mesure de protection obligée contre les pirates espagnols qui grouillent alors dans le coureau d’Oléron, dépourvu de défenses côtières.

Une autre nécessité, cette fois d’ordre politique et militaire, préexiste à l’implantation de la cité : dès 1495, Charles VIII avait envisagé la création d’un port de guerre, projet avorté devant l’opposition « des habitants de cette ville, par la ruyne qu’ils jugeoient du commerce au lieu de Brouage où environs1 ». Ce texte illustre bien l’incertitude de la date de fondation de Brouage et la confusion possible avec l’île d’Hiers, dont Brouage n’aurait pu être alors que la zone portuaire.

1 Barbot, Amos. Histoire de La Rochelle [1199-1575], Archives historiques de La Saintonge et de L’Aunis, TXCIV, 1886.

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