En aval de Saintes (17), au lieu-dit Le Priouté, la Charente forme un méandre. Le fleuve traverse une plaine inondable sur la rive droite et un relief escarpé, en rive gauche. Dans les années 1970-1980, des plongeurs amateurs y repérèrent des vestiges d’épaves. Une découverte qui permit d’inventorier le site et d’y trouver des bateaux et pirogues datant des mérovingiens.

Texte et photos : Philippe Moyat, ETSMC

La vérification de données au cours d’une plongée, en 2006, a permis de constater la présence de vestiges. Ce secteur a été prospecté par André Deconinck, archéologue plongeur bénévole et titulaire d’une autorisation de prospection inventaire, qui y a découvert une épave assemblée (EP1) et une pirogue (P1). L’épave EP1 est datée par carbone 14 de 680-874 et la pirogue P1 se place dans l’intervalle 779-971.

À la suite de prospections menées pendant les campagnes de fouille subaquatiques qui ont commencé en 2011, une deuxième épave assemblée (EP2) a été découverte en 2013 et datée de 650-771. En 2014, une troisième épave assemblée (EP3) a également été mise au jour en aval du site. Datée de 662-670, elle est chronologiquement très proche, sinon contemporaine, des épaves EP1 et EP2.

Positionnement des épaves

Les premières campagnes de fouille portaient sur le premier bateau assemblé (EP1). L’épave reposait presque à l’horizontal dans une fosse à 8 m de profondeur. Au moment de sa découverte, seules les parties supérieures de l’épave émergeaient de l’argile. Le tout était recouvert d’une couche de pierres calcaires non taillées, qui semblaient venir d’un haut-fond localisé immédiatement en amont.

Les campagnes 2014 et 2015 ont permis de fouiller l’embarcation EP2, située à 50 m en aval de EP1. Elle aussi se trouvait quasiment à l’horizontal, mais sa coque était à l’envers. Seuls quelques éléments très érodés des flancs et de la sole étaient visibles et émergeaient de l’argile. Ses dimensions (7 m visibles) sont presque identiques à celles d’EP1, qui mesure 6,5 m de long. Elle est également recouverte d’une couche de pierres calcaires non taillées, qui semble correspondre à un dépôt s’étendant en aval immédiat de l’épave.

Une bathymétrie1 réalisée en 2013 permet de visualiser cette accumulation de pierres qui pourrait correspondre aux vestiges d’un aménagement. Pour l’instant, rien ne permet de dire s’il est lié à l’épave. La forme en ogive, les bouchains monoxyles et la sole à fond plat sont également des éléments architecturaux propres à ces deux premières embarcations.

En 2014, les fouilles menées en aval du site ont mis au jour une troisième épave, appelée EP3. Couchée sur son flanc tribord, elle gisait à une profondeur de 8 m. D’une longueur de 11 m, seuls sont conservés le flanc tribord et les extrémités des flancs bâbord.

Le Priouté au haut Moyen Âge

Depuis 2011, les campagnes de fouilles ont permis d’achever les relevés de EP1 et EP2. Les vestiges de leurs coques ont pu être étudiés in situ. Le plan de leurs vestiges conservés dans leur environnement est complet et on peut proposer des restitutions en s’appuyant sur d’autres embarcations contemporaines.

1 Bathymétrie : mesure des profondeurs et du relief sous marin pour déterminer la topographie du fond.