Dès le néolithique, un croissant de collines dominant la Gironde a attiré les hommes. Près de 3 500 ans avant notre ère, un village d’agriculteurs, de pêcheurs et d’éleveurs s’installait sur le point le plus élevé de l’estuaire. Il était protégé par une série de fossés, avec une entrée en « pinces de crabe ». Grâce à la photographie aérienne, la structure du site gallo-romain du Fâ, situé sur la commune de Barzan en Charente-Maritime, nous est maintenant bien connue.

Texte : Stéphane Gustave

Durant l’âge du bronze puis celui du fer, les populations vont occuper toutes les hauteurs des collines, mais aussi les versants de plateaux en pente douce vers l’estuaire de la Gironde. Le commerce s’intensifie avec les autres régions, et la Garonne et son estuaire ouvert sur l’Atlantique deviennent un axe privilégié, des pays nordiques à la Méditerranée. Des céramiques grecques, andalouses et armoricaines datées du VIe au Ier siècle avant l’ère commune ont été retrouvées sur le site du Fâ, associées à du mobilier gaulois.

Le site archéologique du Fâ recèle de nombreux vestiges d'une ancienne implantation gallo-romaine.
Le site archéologique du Fâ recèle de nombreux vestiges d’une ancienne implantation gallo-romaine.

Après la conquête de la Gaule, une agglomération secondaire s’installe sur plusieurs dizaines d’hectares du versant occidental. Sa position stratégique lui permet de faciliter les échanges commerciaux avec Saintes, qui est alors la capitale de l’Aquitaine.

À la fin de l’Antiquité, le site est progressivement abandonné. Les vestiges de la cité gallo-romaine vont être utilisés pendant des siècles comme carrière de pierre, alors que manquent les matériaux de bonne qualité dans les environs immédiats.

Le site gallo-romain de Barzan

Très tôt, les érudits se sont intéressés à ce lieu. Les premiers témoignages proviennent de Claude Masse (1652-1737), ingénieur et géographe de Louis XIV, qui avait pour mission de cartographier et de décrire le royaume. Dans ses relevés, il signale la base d’une tour romaine de 13 à 14 toises de diamètre, sur laquelle fut bâti, au XVIIsiècle, un moulin nommé « Fa ou Far » et il mentionne les vestiges d’un « amphithéâtre » encore en partie en élévation.

Les premières recherches archéologiques seront menées par Léon Massiou, de 1921 à 1926, et elles seront concentrées sur le temple et sa périphérie.

La fouille reprend de 1935 de 1939, puis en 1956-1957, sous l’égide d’un des architectes de la reconstruction de Royan, Louis Basalo (1891-1975). Le temple est alors entièrement dégagé et classé au titre des Monuments historiques en 1937.

Au sud, des thermes commencent à être explorés, ainsi que le théâtre, qui est adossé aux collines et situé à un kilomètre à l’est. Les vestiges d’un aqueduc sont également identifiés. Par manque de moyens, ces recherches sont arrêtées et les vestiges laissés à l’abandon.

Le Fâ vu d’avion

En juin 1975, profitant de conditions climatiques favorables, le spécialiste de l’archéologie aérienne Jacques Dassié redécouvre le site grâce à une prospection systématique du haut des airs. L’ensemble des éléments constituant une agglomération se révèle sous les cultures : axes de circulation, temples, place publique, entrepôts, théâtre…

En 1993, la municipalité de Barzan se porte acquéreur des parcelles où des vestiges sont classés Monuments historiques. L’Assa Barzan (association pour la sauvegarde du site archéologique de Barzan) est alors créée pour gérer les lieux et aider à la reprise des recherches.

En 1995, l’étude du temple est entreprise par l’archéologue Pierre Aupert, directeur de recherches au CNRS, et en 1998, un chantier école interrégional voit le jour, associant dans un premier temps les universités de Poitiers, La Rochelle et Bordeaux.

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